Pauvre Blaise

Pauvre Blaise* ou les dérives d’un directeur général

 

La première responsabilité d’un chef d’entreprise consiste à respecter son personnel, ses fournisseurs et ses clients. Dans le cas qui oppose monsieur Blaise Renaud, directeur général de la chaîne de librairies Renaud-Bray, à Philippe Béha, l’illustrateur bien connu du milieu de la littérature de jeunesse, il est évident que monsieur Renaud est bien loin de se comporter comme un dirigeant conscient de cette responsabilité. Son attitude et ses propos lors de la remise du prix Marcel-Couture, dans le cadre du salon du livre de Montréal, en plus d’être inappropriés, n’étaient pas dignes d’un dirigeant. Qu’il ait pu être choqué par la remarque de Philippe Béha, tout à fait justifiée par ailleurs, sur le manque de visibilité des livres des auteurs québécois de littérature de jeunesse, peut se concevoir. Mais, on a beau être, comme le décrit le journaliste Daniel Lemay, un «jeune et fougueux patron»[1] , il n’en reste pas moins que la retenue, tant dans les paroles que dans les gestes, est une qualité dont monsieur Renaud n’a pas su faire preuve, loin s’en faut.

L’affaire aurait pu en rester là et être oubliée rapidement. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’encore une fois, monsieur Renaud ne s’est pas comporté en dirigeant responsable, soucieux de l’image de son entreprise. Bien au contraire. Sa décision de boycotter les livres de Philippe Béha souligne à quel point il n’a pas su faire la différence entre le domaine privé et celui des affaires. En posant un tel geste, non seulement fait-il affront à tous les auteurs mais, qui plus est, il manifeste un irrespect total de ses clients en les prenant en otage d’une décision personnelle à laquelle ils n’ont aucune raison de prendre part.  Ce boycott aux allures de caprice n’est en aucun cas une décision d’affaires éclairée mais un coup de tête peu honorable. Il est désolant de devoir faire un tel constat. Nous ne sommes plus à l’époque où le roi pouvait traîner au bûcher qui le contestait. Nous ne sommes plus, du moins j’ose le croire, à l’époque où l’on jetait au feu les livres interdits. Les paroles de Philippe Béha justifiaient-elles qu’on le conduise au bûcher ?

 

Monsieur Renaud à beau ajouter le mépris à son geste en précisant que la réaction du milieu de la littérature de jeunesse lui importe peu, je reprendrai ses propres mots à l’égard de Philippe Béha pour qualifier son geste : «C’est une attaque un peu pathétique…». Pathétique en effet d’en être arrivé là ! Et puisque la littérature de jeunesse lui importe peu, peut-être pourrait-il lire un livre sur le rôle et les responsabilités d’un dirigeant au sein d’une entreprise à la section L’image du dirigeant. Ça se trouve dans toutes les bonnes librairies, y compris chez Renaud-Bray.

Jacques Pasquet, auteur jeunesse et conteur

 

* Ma compagne, auteure jeunesse, et férue de la Comtesse de Ségur, n’a pu s’empêcher de faire un lien ! D’où ce titre.



[1] www.lapresse.ca du 14 novembre 2012